Les rencontres

Byzance: duo doré

byzance12Fin du mois de février. On est vendredi, et j’ai rendez-vous ce matin à 11h30 pour rencontrer le duo Byzance. Mais qui se cache derrière ce doux nom antique? Byzance, ce sont deux supers-nanas: Laïs Duruy et Claire Le Bouteiller. Ayant surtout suivi le parcours de Laïs, notamment pendant la création de son beau projet Correspondances, et son passage chez la talentueuse Leslie David, j’ai eu envie d’en savoir plus sur leur nouveau projet.

Me voilà donc au 29, rue Ourcq. Ce lieu atypique qui porte le joli nom d’Ourcq Blanc est en fait un ancien bâtiment Pôle-Emploi laissé à l’abandon et racheté par une entrepreneuse ayant comme projet de le réhabiliter en auberge de jeunesse/salle de concert/bar. En attendant le début des travaux, le lieu a été transformé en résidence d’artistes éphémère, par l’initiative de Samuel Rémy, architecte, et le WOMA, fabrique de quartier situé rue Léon Giraud dans le XIXe arrondissement.

Laïs finit par me trouver, érant dans les couloirs à chercher la bonne porte où frapper. C’est qu’il y a du monde qui travaille ici. Celui qui s’aventure dans les couloirs pourra tomber sur des architectes, des peintres, des designers, des illustrateurs, des types bricolant des imprimantes 3D, des plasticiens. Ce bon plan, Laïs et Claire l’ont eu par bouche à oreille. Lorsqu’elles ont visité l’espace, elles sont ressorties enthousiastes: «Il y avait 50m2 pour nous deux. On s’est regardé en se disant que c’était trop grand pour nous. On est sorti toutes les deux dans la rue, et on a passé les trois-quarts d’heure suivants à passer des coups de fil pour ramener les copains.»

Et les voilà, à sept, dans 50m2, à Ourcq Blanc. Leur espace de travail est divisé en deux: un espace bureau, et un espace atelier où le matériel est partagé. Les copains qui en profitent sont tous issus du milieu créatif: «Il y a cet esprit un peu arty qu’on aime bien. Même si on est des designers, je crois qu’on revendique un truc un peu plus expérimental…»

Intimidée, je propose de nous poser dans un endroit plus tranquille. C’est ainsi que moi, des paillettes dans les yeux, assise par terre en tailleur sur le stratifié-pôle-emploi, je les écoute attentivement, elles, souriantes et pétillantes, assises sur la banquette moelleuse du hall d’entrée d’Ourcq Blanc.

Byzance n’a que quelques mois, mais le parcours de leur créatrice a de quoi faire des petits envieux: ces deux jolies blondes ont déjà eu de belles expériences dans le milieu de la créa. Laïs et Claire se sont donc rencontrées à Estienne. Arriver à croiser des gens lorsqu’on étudie dans le DSAA Typographie n’est pas toujours aisé. Estienne est parfois mal fait: si les BTS de l’option Communication visuelle travaillent au sous-sol, les étudiants en DSAA option Typographie sont cachés bien plus loin, dans des espaces où personne ne va. Une grotte.
Fort heureusement, des initiatives étudiantes apparaissent de temps à autre. Le journal d’Estienne, La Brique, en est l’une d’elle à l’époque, et c’est sur ce projet que Laïs et Claire finissent par se rencontrer et devenir amies. Après le DSAA, Claire part pour New York et travaille pour l’agence 2×4, puis pour le Metropolitan Museum of Art (appelé aussi Met Museum). Laïs et Claire gardent contact, font des allers-retours entre les États-Unis et Paris. C’est après un passage à Paris que Claire, à son retour au Met à New York, propose un nouveau projet à Laïs: une correspondance graphique. De là est né le joli projet Pièces jointes, un petit blog ayant pour vocation d’entretenir à deux leur créativité, sous la forme d’un question-réponse visuel. Claire: «J’avais besoin d’un truc stimulant. Le musée, c’était un job assez posé. Graphiquement, il fallait que je fasse de nouvelles choses… J’adore les gens qui ont l’énergie de monter les projets. Laïs avait déjà fait Correspondances, moi j’avais fais une exposition d’art contemporain quand j’étais revenu faire mon VISA en France.» C’est alors que la possibilité de travailler ensemble sur des projets plus conséquents a été évoquée. «Je sentais que Lais était un peu en attente de quelque chose d’autre. Elle me parlait de chercher du boulot au Brésil, moi je parlais de quitter le Met, de monter mon truc… On en a parlé un peu cet été quand je suis rentrée en vacances en France. Laïs m’a dit qu’elle était motivée. Je me suis mis à plein-temps direct et Laïs quitte Leslie David d’ici un mois progressivement. On sera ensuite à plein-temps toutes les deux.»

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Pièces jointes, c’est fini fini?

«Ça fait un moment que je dois répondre au visuel que Laïs m’a envoyé. J’ai une bonne idée depuis un mois, il faut juste relancer la machine… Mais maintenant, on a des projets plus concrets. J’aimais bien Pièces jointes parce que contrairement à Byance qui est plus professionnel, il y avait le coté on-s’en-fout-si-c’est moche-on-s’en-fout-on-le-fait.»

Pièces jointes est terminé, Byzance est né. Un studio au joli nom, un imaginaire? Claire m’explique, et j’aime sa réponse: «Je suis très passionnée par les parfums et j’adore cette idée que quand tu donnes un nom à un parfum, ça t’évoque un imaginaire, quelque chose qui est au-delà: tu y mets ce que tu veux, des couleurs, une histoire… On voulait un nom comme ça, qui t’évoque autre chose. Byzance, en terme de calligraphie c’est très joli: il y a des belles lettres. Et ça évoque un univers qui n’existe plus, c’est de l’ordre de l’imaginaire, du mystère. Il y a aussi ce côté un peu « girly », mais plutôt… « powerfull » tu vois, pas « girly cheasy ». C’est le doré, l’orient,… un voyage…»

Byzance a déjà l’expérience pour se lancer dans des projets plus créatifs, et a la chance de se voir proposer des collaborations plutôt que des commandes. En fait, leurs clients viennent les voir pour ce qu’elles font, et non pas parce qu’ils ont besoin d’un bon technicien: «Ça, c’est mortel, parce que tu as pratiquement carte blanche.»

De beaux projets en préparation

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En ce moment, elles travaillent avec LetterPress de Paris, spécialisé dans les techniques de gaufrages à chaud, à froid. Laïs m’explique ce qu’est la letterpress: «C’est une technique plutôt ancienne, comme le gaufrage, mais au lieu que les formes soient en fer, elles sont en gomme: ça permet de presser très légèrement. Ensuite, on y ajoute une impression Pantone. Ou de l’or, par exemple…» La production de cette collab’? Des faire-parts de mariage personnalisés, et une véritable collection«Byzance», et le priviliège d’imprimer leurs créas avec des des techniques très classieuses. «Nous on ne veut pas faire du cucul. Là, on a carte blanche. Simplement, on fait ce qu’on veut.»

Claire me fait part d’un autre projet, son «chouchou» comme elle dit: une collaboration avec une marque de fringues new-yorkaise qui leur a demandé de créer des motifs pour une collection de vêtements tout en blanc. Le projet est déjà bien avancé: les motifs ont déjà été sélectionnés. Laïs et Claire espèrent que la collection sera prête avant l’été. Habituées de la mode et du set design lors de leurs expériences professionnelles précédentes, elles assureront ensuite la direction artistique du photoshooting, un petit challenge«La difficulté quand tu fais la DA d’un set design, c’est de faire en sorte que le concept ne prenne pas le pas sur le motif, et qu’en même temps, il y ait un truc derrière qui fasse que ça ne soit pas juste une mannequin qui porte une chemise et un motif…»

Créatives et sensibles, elles espèrent se diriger véritablement dans des productions de motifs, à travers le textile pour la mode, ou pour des projets plus personnels. Le dessin est une pratique aussi régulière: «Si tu viens à l’expo en avril tu verras comment Byzance peut prendre d’autres formes. Là on n’a pas trop le temps mais on aimerait redéfinir ce qu’est Byzance pour que ce soit un plus une sorte de laboratoire de création en interne. Un peu comme Pièces jointes: ça a beaucoup nourri ce qu’on fait pour des clients.» Ainsi, même pour des projets plus terre-à-terre, Laïs et Claire s’efforcent d’insuffler du Byzance: «On veut que tout ce qui sorte de Byzance nous ressemble, et qu’on en soit fières. Là, c’est le début, le moment de nous créer une identité et c’est important de ne pas nous disperser.»
byzance15byzance6byzance10byzance1En effet, pour avoir travaillé en agence, Laïs et Claire savent combien cela peut être frustrant de ne pas être satisfait de sa production lorsqu’elle est terminée: «En agence, quand tu viens avec une idée, et que tu la trouves cool, il y a peu de chance qu’elle sorte aussi bien que tu la voyais au début. Certes parfois, elle sort mieux parce qu’on te l’a fait retravailler et le résultat est génial. Mais il y a pleins d’agence qui te disent: on va faire trois pistes, il y aura la piste 1, la piste 2, et puis il y aura la piste que le client veut. Et même si on la trouve moche, il faut la faire car au moins on est sûr de ne pas perdre le client. Nous, bien sûr qu’on fait la piste que le client veut. Mais il faut qu’à la fin, on se sente totalement ok avec ce qu’on a fait. À chaque fois qu’on fait une présentation à un client, on « tue » pleins de propositions avant, car on préfère éviter que le client choisisse une piste qui ne nous satisfait pas. On reste néanmoins très généreuse: en agence souvent c’est trois pistes maximum. Nous, quand on arrive, on peut avoir jusqu’à dix pistes. C’est sûr, ça dépend des clients: certains ont besoin d’être dirigés donc on en présente moins.»

Byzance a eu l’occasion récemment de travailler pour de la publicité. Ce que Laïs et Claire en ont retenu, c’est qu’il vaut mieux se donner quatre fois plus la première année pour pleins de petits projets créatifs, même si le résultat sera de gagner autant que sur un seul gros projet de publicité: «Au final ce projet de pub nous a pris énormément de temps: on n’avait plus le temps pour faire ce qui fait Byzance.» Laïs rajoute: «On avait l’impression de tout bâcler… ça ne nous rendait pas heureuse.» Et Claire conclue: «Quand tu fais un portfolio, il y a 80% des trucs que tu mets à la poubelle, et 20% que tu gardes et que tu veux vraiment montrer. Dans Byzance, nous, on veut tout montrer.»

L’espace dans lequel elles travaillent aujourd’hui est malheureusement éphémère: aux résidents, il ne reste plus que trois ou quatre mois à profiter du bâtiment, à moins que les travaux ne soient retardés… En attendant, Ourcq Blanc organise des évènements le week-end. Fin février, c’était le Frozen Market qui avait lieu, avec une exposition, des concerts et une petite vente d’éditions maisons et autres jolies créations. Et fin avril, Byzance et leurs amis proposeront une exposition avec leurs productions personnelles. L’occasion, sans doute, d’un prochain article… En attendant, les filles m’ont concocté une petite playlist spéciale Byzance que je publierai d’ici peu, histoire de vous mettre dans l’ambiance.

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Byzance
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