Les rencontres

Dodo Toucan, l’oiseau de la céramique

On m’a suggéré d’aller rencontrer Sara Théron, alias Dodo Toucan. Cette fois-ci, c’est de la céramique, pour changer. Et je n’ai pas rendez-vous chez elle, mais dans son atelier, L’atelier Bulle, à Ledru Rollin. Elle partage cet atelier avec deux designers de (très beaux) meubles, Giorgio et Audrey, et Marie Léonetti, créatrice de bijoux. Mais aujourd’hui, c’est son travail qui m’intéresse. On descend l’escalier qui mène dans une petite pièce. On y trouve un four, des petites étagères où se trouvent ses créations, des petits meubles en bois bricolés sur mesure pour qu’elle y dépose ses échantillons de couleurs et ses matériaux divers.

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Un projet tout neuf

Cela fait depuis seulement juillet 2015 que la marque Dodo Toucan existe, et depuis octobre que Sara est installée ici. Avant, elle travaillait chez son père qui lui avait prêté une petite pièce de sa maison en banlieue pour y installer son four.

Sara n’a pas suivi de formation en céramique: non, elle sort des arts décoratifs, mais en section design d’objets. En parallèle de cette formation, Sara travaille chez Adeline Klam: «Elle a un atelier boutique boulevard Richard Lenoir, et j’ai été son assistante pendant presque cinq ans. Au départ c’était mon stage de quatrième année. On s’est bien entendu, et comme à l’époque, son travail commençait vraiment à prendre de l’essort, je l’ai un peu accompagné avec son équipe dans cette aventure.» Sara apprend énormément durant cette collaboration: l’entreprendrait lorsqu’on est créateur, la communication, la revente, les fournisseurs, «pour ne pas être à côté de la plaque quand on n’a pas l’habitude».

Diplômée en 2012, Sara décide en 2014 de commencer une petite activité amateur en parallèle avec deux amis. Ils optent pour la céramique, et pendant un an, suivent tous les trois des cours du soir de poterie le lundi soir, pour se détendre. «Je n’avais pas du tout l’idée que la céramique serait quelque chose d’important pour moi. Finalement, dès que j’ai commencé, j’ai adoré. Je me suis rendu compte qu’il y avait pleins de possibilités, en terme de couleurs, et en terme d’objets: on peut faire des choses utilitaires, décoratives, des sculptures…» Depuis, Sara a continué et fondé Dodo Toucan, tandis que l’une de ses amies, Juliette, fondait Coucou Suzette.

dodotoucan3 dodotoucan4Un savoir-faire technique

La céramique, je connais un peu, mais il y a des choses qui restent encore obscures pour moi. Sara m’explique les étapes de fabrication. Tout en bas sur son étagère se trouvent les modèles en terre, modelés tout juste hier et encore un peu humide. Au séchage, la terre devient plus blanche. On monte d’un étage: là se trouvent les modèles qu’elle a poncé pour qu’ils soient bien lisses, avec papier de verre et petite éponge. Puis, Sara les peint, on est au troisième étage. Elle n’utilise pas d’émail pour la couleur: le résultat est trop aléatoire et le procédé trop technique. Elle utilise donc des engobes, qu’elle peut utiliser directement au pinceau. Vient ensuite le moment de la première cuisson: Sara met tout ça au four. La terre blanchie encore un peu plus, tandis que les couleurs restent mates. Une fois refroidis, les modèles sont trempés dans un bain d’émail transparent: «L’émaillage est la partie la plus technique, ça se joue entre une demi-seconde et deux secondes, il faut vraiment sentir en fonction de la densité de l’émail, de sa forme et son épaisseur,…» À ce stade, l’objets est recouvert d’une couche blanche semi-opaque. Les modèles repartent alors une deuxième fois au four. À plus de 1000°C, la chaleur provoque une vitrification de l’émail. Les couleurs deviennent éclatantes, brillantes, et l’objet ressort dans sa version définitive.

dodotoucan8dodotoucan20 dodotoucan24Des animaux et du rêve

Dodo Toucan, c’est un univers animalier qui invite à la rêverie, et rappelle des souvenirs d’enfance. Tigres, panthère des neiges, loups, renard, oiseaux, chevaux, ours blancs…, le tout dans des gammes chromatiques douces et acidulées: ses céramiques, on dirait des bonbons, de la pâte d’amande sucrée, des petits portes-bonheur.

Avant d’en arriver à ces formes d’animaux, Sara avance à tâtons. «Je dirai que les six premiers mois, après avoir acheté le four quand j’étais chez mon père, je faisais surtout de l’utilitaire. Comme je n’ai pas fais de formations de céramique, quand je faisais cuire mes pièces, c’était vraiment expérimental, ça capotait assez régulièrement. Maintenant tout ce que je sors du four ça me parait merveilleux et nickel, mais fut un temps où c’était pas aussi glorieux.» Sara reste très modeste en terme de connaissances techniques. Après s’être familiarisée avec le matériel, elle se met à fabriquer des animaux. «Chaque modèle prend un peu de temps. Au départ, je galérais, m es animaux étaient tous mal-formés. Je les imaginais vraiment de profil, et dès qu’on les regardait de face, c’était la cata!» Parfois, la forme est parfaite, mais la cuisson ne suit pas: «La céramique, c’est vraiment un autre espace temps. C’est très lent, parfois tu passes des heures à faire un truc, et à la dernière cuisson, ça râte, il y a des fissures, c’est très triste!»

Expo-ventes, commandes et collaborations

Dodo Toucan vend essentiellement sur son site, mais a aussi développé un réseau de revendeurs en France, notamment la boutique Klin d’Œil à Paris, ainsi qu’une boutique à Bordeaux, Marseille. Elle fait aussi des petites expo-vente de temps à autre, ou des collaboration avec des marques. Au final, Sara n’a pas spécialement fait marcher son réseau. Elle a posté sur Instagram… et ça a marché.

Mais pas que: tout de même, derrière Dodo Toucan se cache une créatrice bien évidemment talentueuse, et on le lui rend bien. Cela fait depuis juillet que Dodo Toucan existe, mais elle a déjà beaucoup de commandes. En décembre, elle exposait dans les boutique de la marque Des Petits Hauts. Ils avaient fait une sélection d’artistes pour faire des objets autour du thème de la douceur, pour les présenter dans leurs shops éphémères. «J’avais fais des panthères des neiges, des vases avec des motifs un peu graphiques, des loups et des ours blancs, un peu moins colorés que ce que je fais d’habitude. J’avais fais 200 pièces!» Dodo Toucan sera aussi à la Design Week à Milan: une boutique de déco pour enfants lui a commandé des céramiques pour son stand.

En ce moment, Dodo Toucan collabore avec l’illustratrice Steffie Brocoli pour préparer une exposition, Muses et Musées, qui aura lieu à l’Atelier Nota à Paris, à partir du 7 avril prochain. Cette exposition porte sur un voyage entrepris par Steffie, en Espagne et en Grèce notamment, où elle a commencé à dessiner sur ses carnets les choses qu’elle voyait dans les musées. De ces dessins, elle en a fait des réinterprétations, qu’elle a ensuite décliné en affiches, cartes postales, t-shirts, totes-bags. C’est à la suite de ces premières proposition que Steffie a émis le souhait de travailler avec des artisans. Elle a donc proposé à Dodo  Toucan de réinterpréter ses dessins en céramiques. «On a vraiment travaillé à 4 mains. ça, c’est Steffie, ça c’est moi. Un partie de l’exposition sera consacrée à cette collaboration.»

dodotoucan10 dodotoucan5Des projets futurs?

Dodo Toucan, ce sont surtout des animaux, mais Sara aimerait aussi faire des objets pour la maison: «J’aimerais élargir la gamme, dans le même univers, mais plus axé déco. Pourquoi pas sortir de la céramique et proposer d’autres objets que j’ai dessiné, et fabriqués par des artisans d’un autre corps de métier».
Sur les murs se trouvent des petits échantillons carrés où sont peints des motifs de fleurs. Je lui demande si elle aimerait se lancer dans les motifs, mais en réalité, ces éléments qu’elle a fixé au mur sont des échantillons. Pourtant: «Certaines personnes m’ont dit que ça pourrait être intéressant de proposer ce genre d’objets… alors pourquoi pas?» Elle me montre des éléments en céramique qu’elle a fabriqué, des oiseaux et des tigres, qui s’emboîtent les uns dans les autres, à la manière d’Escher. Jolie trouvaille, mais qui reste pour le moment un work in progress.

Sara me demande quel a été mon parcours, et me demande si je compte travailler sur Plein Milieu à temps plein. Elle ajoute, en riant et en feignant de s’effondrer sur la table: «Ha oui, j’ai oublié de te dire, j’ai fais aussi pas mal de trucs, notamment un master en sociologie, en parallèle de mon travail chez Adeline Klam.» Ha oui, quand même. «Du coup je connais un peu ce travail de retranscription d’interviews, ça prend beaucoup de temps!»

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Elle se remet à travailler tandis que je la prends en photo. «Ça, c’est un loup.» Minutieusement, elle lisse les pattes. Quinze minute après, la pièce est terminée, et déposée sur l’étage «séchage».

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Si vous voulez la rencontrer, je vous invite à venir au vernissage à l’atelier Notta de l’exposition de Steffie Brocoli et Dodo Toucan le 7 avril. J’y serai pour faire coucou et prendre quelques photos…

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Dodo Toucan • www.dodo-toucan.com • Instagram

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