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Noémie Cédille

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Son prénom, c’est Noémie, et son nom, un caractère typographique. Joli clin d’œil pour cette designer graphique et illustratrice. Alors, coïncidence fortuite, ou pseudo coquet? Aucun des deux. Son nom s’inspire d’un roman qu’elle a lu quand elle était petite. Une exploratrice de l’espace, une héroïne intrépide,  quelque chose comme ça.

Un parcours pour changer d’air

À 16 ans, Noémie ouvre un wordpress. Elle bricole, crée, écrit, partage. Maintenant, Noémie Cédille, c’est une demoiselle discrète, mais talentueuse, et bien connue des réseaux sociaux.

Après un BTS communication visuelle vers 2010, elle entre aux beaux-arts de Mulhouse pour changer d’air, obtient son diplôme de 3e année, postule ensuite un peu partout, rentre aux beaux-arts de Rennes pour… encore changer d’air, puis, déçue, tente sans attendre le concours de la Cambre à Bruxelles… pour changer d’air, et y termine finalement ses études en 4e et 5e année. Diplômée de la Cambre en 2013, elle déménage alors à Paris. En fait, Noémie, elle a la bougeotte: «Dès que ça m’ennuie un peu, j’ai tendance à partir voir ailleurs. J’ai toujours aimé l’esprit grande ville. J’avais envie de tester. J’ai aussi pensé que ça allait être plus simple pour le boulot: j’y imaginais plus d’opportunités qu’à Strasbourg.»

Noémie à Paris: les débuts en free.

Bon ou mauvais choix? Si Noémie ne connait personne quand elle débarque, elle se met à chercher du travail. «J’ai du un peu tout construire. Je me suis dis que j’allais d’abord commencer par trouver un boulot en agence, pour l’expérience, et le réseau.» Six mois passent, avant qu’elle ne soit prise en CDD dans une grosse agence. Six mois passent encore, mais la voilà déjà repartie: «Je n’avais pas beaucoup de  libertés, je n’aimais pas trop le côté grand open-space avec plein de monde autour.»
Parce que Noémie se qualifie comme secrète et timide. Elle préfère se poser dans son coin, et travailler en petits groupes. Côté créa, travailler en agence ne lui permettait pas de se faire plaisir. «Je ne me sentais pas très à l’aise dans cet univers-là, mais ça m’a permis de savoir ce que je voulais et ce que je ne voulais pas. D’un point de vue méthodologique et rythme de travail, c’était assez soutenu et très formateur. Mais j’ai bien compris que je ne voulais pas bosser dans ce genre de boîte… Petit studio oui, mais grosse agence, hors de question!»
En parallèle de son travail à l’agence, Noémie prenait de temps en temps des commandes en freelance.«Le soir je rentrais de l’agence, je travaillais encore. C’était fatiguant… c’est là que je me suis dis que j’allais voir si ça marchait en free à 100%, et je me suis lancée en juin 2013.»

Trois ans donc, que Noémie s’éclate et expérimente. Céramiques, sérigraphies, dessins, illustrations, identités graphiques. Un rythme difficile?: «Parfois c’est galère mais je me sens vraiment mieux dans ma vie comme ça. J’aime avoir des responsabilités, faire des choses différentes, être libre, et organiser mon temps comme je veux.»

noemiecedille16 noemiecedille2Les réseaux sociaux et les collaborations

En plus de son talent, c’est aux réseaux sociaux que Noémie doit sa petite renommée. Depuis plus de dix ans, elle alimente son blog, et ce ne sont pas les followers qui manquent. Sur Instagram d’ailleurs, ça se bouscule. Un évènement déclencheur?: «J’avais un compte Instagram que je nourrissais au quotidien. J’ai commencé à prendre en photos les choses que je faisais, puis une étudiante en master de médiation culturelle m’a contacté pour son projet de fin d’année.» Noémie se voit ainsi confier la réalisation… d’une exposition. Tandis que l’étudiante se charge de trouver le lieu et de tout organiser de A à Z, Noémie a carte blanche et réalise une série d’illustrations. «C’était un gros défi: je me suis vraiment mis la pression pour faire quelque chose de bien. Comme à ce moment-là je n’avais pas beaucoup de commandes à côté, je pouvais me permettre de prendre le temps qu’il fallait. Je pense que j’y ai passé un bon mois, voire deux, en condensé, à bosser sur ces illustrations.» Un travail récompensé: voilà Noémie exposée au Café Madam, rue Saint Denis à Paris.

L’expérience au sein du collectif Butane

Il faut savoir qu’avant d’emménager à Paris, Noémie bricolait déjà pas mal de jolies choses au sein du collectif Butane, à Strasbourg, et ce n’étaient pas les belles opportunités qui manquaient. Butane, c’était du design graphique, du design d’objet, de la scéno, de la sérigraphie, de l’archi, du bricolage, des bons copains et de beaux projets. Menés par Céline Bernard, cette petite troupe de tout jeune créateurs a monté des projets prometteurs pendant plusieurs années. Mais tout ça, c’est désormais terminé. Noémie me l’apprend: Butane, c’est bel et bien terminé. «À priori, on va clore l’association et le compte. On doit quitter le bastion [les ateliers de la ville de Strasbourg ndlr], lieu qui nous rattachait encore les uns aux autres après toutes ces années. Chacun a ses projets maintenant. Mais il faut réaliser la chance qu’on a eu de faire tout ça ensemble. On s’est beaucoup poussé les uns les autres à avancer, ça nous a aidé mutuellement dans nos projets. C’était stimulant comme expérience.»

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Du goût pour la déco

Quand on arrive chez Noémie, on est tout émerveillé par le soin qu’elle a mis à faire la déco. Seulement deux mois qu’elle est installée dans ce petit appartement du quartier de Stalingrad, mais elle a pris le temps d’y installer son petit nid. C’est douillet, cosy: réussi. Auparavant, elle vivait depuis deux ans dans un studio plus petit: «J’étais frustrée. Il y en avait partout, il n’y avait plus de rangement… Quand j’ai emménagé dans ce nouvel appartement, j’avais pas mal de temps pour bricoler.» Ainsi, sa chaise de bureau est une ancienne Ikéa dont elle a refait la tapisserie. Son abat-jour, un astucieux pliage/collage de papiers colorés. Son étagère, des caisses en bois superposées. Au fond, une bibliothèque remplie de beaux ouvrages. Quand je lui demande ce qu’elle lit en ce moment, elle me répond qu’elle s’est lancé dans Faut-il manger des animaux de Jonathan Safran Foer. Elle rit timidement, et me lance comme un aveu, que quand elle lit, c’est dans son bain, et c’est devenu son petit rituel quotidien. «C’est mon moment de pause, quand je ne sors pas le soir et qu’il fait froid: ma petite pause lecture-bain.»  Dans son appartement, des céramiques aussi, des vases, des petits objets, un mobile. «J’ai fais ça dans un atelier de céramique qui était à côté de mon ancien appartement. Je passais souvent devant et ça m’avait toujours donné envie. J’y allais tous les vendredi après-midi avec une copine.» Elle a du arrêter à cause du coût et du temps de fabrication. La céramique, c’est long, et cher à produire. Il faut l’espace, et le matériel. En attendant, ses céramiques trouvent bien leur place sur les étagères. Ailleurs, sur les murs, du Blexbolex sérigraphié, une affiche des strasbourgeois d’Horstaxe, une illustration de Yasmine Gateau, contreparties de l’atelier d’impression Riso Presto qui a financé son projet il y a quelques mois via KissKissBankBank.

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noemiecedille5Directrice artistique de Mint Magazine

Noémie Cédille, c’est aussi la fondatrice et directrice artistique de Mint magazine, fruit d’une collaboration avec son amie du lycée, Deborah Pham, journaliste pigiste food. À la base, c’est pour rédiger le contenu d’un journal sur l’univers culinaire que Déborah est contactée. Celle-ci propose à Noémie de travailler la maquette… Après quelques difficultés de mises au points, nos demoiselles entrepreneuses décident finalement d’abandonner ce projet pour lancer leur propre magazine. Ils sont aujourd’hui trois sur le projet dans l’équipe interne. «Il y a une seconde graphiste, Agathe Boudin, qui nous a rejoins plus tard car je n’arrivais plus à suivre. On travaille avec des journalistes, des photographes, des illustrateurs,… tout ce dont on a besoin pour créer un magazine. Il y en a avec qui on bosse depuis le premier numéro!»

Le premier numéro est né grâce au soutien de contributeurs via KissKissBankBank. Les numéros qui ont suivi, ce sont les publicités qui les financent: «On ne se paye pas. On arrive juste à rentrer suffisamment d’argent pour payer l’impression, les frais de distribution, la soirée de lancement,…». Mint verra sa maquette reliftée à l’occasion de la sortie du prochain numéro.
Noémie et Deborah vont aussi pouvoir travailler autre part que sur un bout de comptoir de café ou le studio de l’une et l’autre. Des copains leur ont proposé de partager un atelier: d’ici le mois de mai, elles seront parées pour travailler dans un espace dédié.
noemiecedille15noemiecedille12Une deuxième rencontre

Noémie Cédille, la première et dernière fois que je l’ai vu, c’était en septembre 2012, à Strasbourg. Je rencontrais le collectif Butane. Elle était assise sur le trottoir, à côté de Claire et Yves qui bricolaient des tables pour un restaurant dont ils étaient chargés de réaliser la décoration d’intérieur. Elle partait pour Paris le lendemain. Je l’ai revu pour cet entretien, chez elle, quatre ans plus tard, après avoir suivi un peu son parcours créatif. On ne dirait pas comme ça. Mais depuis, elle en a fait des choses.

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Noémie a aussi une petite boutique en ligne, vous y trouverez de bien belles choses.
http://noemiecedille.fr/

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  • Ektor Studio × Coffee Stub – Plein Milieu
    mai 18, 2016 at 6:12

    […] je buvais un café avec Céline Bernard, fondatrice du collectif Butane (avec lequel collaborais Noémie Cédille, remember), sur la terrasse du café-péniche d’en face. Elle me parlait de ce projet qui […]